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Qui suis-je ? (3e partie)

mercredi 30 septembre 2015, par Sylvain

(ou de l’importance de mettre nos pièces dans le bon ordre)

Voici, je me tiens à la porte et je frappe.
Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte,
j’entrerai chez lui et je souperai avec lui et lui avec moi.

Apoc 3:20

La dernière fois, nous avons introduit de manière simple les bases de ce qui, selon les Écritures, constitue l’essence de notre être intérieur, à savoir nephesh, rouah et neshama : trois dimensions spirituelles dont le décryptage nous a été donné il y a des siècles par des maîtres d’Israël, et dont ont pu s’inspirer les fondateurs de la psychologie moderne.

Pour voir comment ces trois dimensions interagissent, remontons au début de notre vie d’être humain.
Dès la naissance, et durant nos tout premiers mois, comme nourrisson nous sommes exclusivement animés par notre nephesh. En effet, débarquant dans ce monde physique, il nous importe d’abord de subvenir à nos besoins physiologiques de base, afin de survivre et de nous développer. À cet effet, toute une palette de réflexes et d’instincts « animaux », programmés, et donc indépendants de notre volonté, sont mis en action.
Après quelques semaines déjà, stimulés par notre environnement direct, nous prenons peu à peu conscience de notre corps. Nous éprouvons nos premiers sentiments et émotions, découvrons le besoin d’entrer en relation. Notre rouah commence à se mettre en place.
Une poignée de mois plus tard, tandis que nous progressons dans notre pratique du langage, que nous avons appris à marcher, et bien d’autres choses encore, notre intelligence s’éveille toujours plus et l’éventail de nos sentiments s’élargit.
Mais pour le moment, ce développement se poursuit encore sous l’influence prééminente de notre nephesh.
Or, le plus naturellement du monde, cette relation naissante entre nephesh et rouah va engendrer la dimension à la fois la plus vulnérable et la plus virulente de notre être intérieur, celle qui deviendra le catalyseur de tous nos traits de caractère précisément dits « charnels », comme l’orgueil, la suffisance, la jalousie, la rancune, la cupidité, la flemmardise, etc., j’ai nommé : l’ego.

La neshama, quant à elle, ne pourra commencer à véritablement exercer son influence divinement inspirée que lorsque rouah aura acquis la maturité nécessaire pour faire des choix de manière autonome et réfléchie. Elle ne se manifeste donc en général pas encore chez le petit enfant. Cela nous montre alors l’immense importance de l’éducation prodiguée par les parents et le poids de l’exemple donné par l’entourage, deux moyens extérieurs à l’enfant, par lesquels les premières valeurs fondamentales vont pouvoir lui être transmises.
Cette étape de l’existence prépare donc et ensemence le terrain, créant selon les cas des conditions plus ou moins favorables pour qu’en grandissant et en murissant, l’adolescent(e) puis l’adulte, choisisse de se mettre à l’écoute de sa neshama et se laisse toujours davantage inspirer par elle plutôt que par sa nephesh.

Ouvrons ici une parenthèse.
Il me semble important de bien réaliser qu’une éducation et un environnement familial enracinés dans les valeurs de l’Évangile, tout en étant très importants et des plus souhaitables, ne constituent pas la garantie absolue d’un développement spirituel sain et équilibré des enfants qui en bénéficient. Au même titre qu’ils ne sont pas non plus la condition sine qua non pour qu’un être humain rencontre personnellement et accueille le Christ dans sa vie en lui ouvrant un jour véritablement son cœur. (Ouf !)
Car, si les parents ont bel et bien, avec leurs limites, la responsabilité d’éduquer et d’élever leurs enfants au plus près de leurs convictions (les étymologies de ces deux verbes nous en disent long sur la nature du processus en jeu), ils n’en sont de loin pas l’unique source d’inspiration. Et, de même qu’en aucune manière ils ne peuvent faire le chemin de vie à la place de leurs enfants, les parents ne peuvent faire le choix final de leur foi personnelle.
Car le pouvoir de devenir enfant de Dieu, tel qu’exposé dans les premiers versets de l’évangile de Jean, n’est pas héréditaire mais le fruit d’une adoption ardemment désirée par les deux parties concernées.
Fin de la parenthèse.

Maintenant, si je veux aller plus loin dans ma propre exploration intérieure, si je souhaite mieux comprendre comment je fonctionne, afin d’identifier ce qui en moi fait obstacle à la libération et à l’épanouissement de ma personne tout entière, tel que notre Père le souhaite pour tout être humain sur la terre (et non pas les apôtres du wellness), j’ai besoin de prendre du recul par rapport à moi-même, en toute simplicité, avec une bienveillance non complaisante, en m’accueillant honnêtement tel que je suis, là où j’en suis aujourd’hui, sans chercher par exemple à justifier mes inévitables travers et autres faiblesses en les inféodant à ceux des autres. (la paille et la poutre, ça nous dit à tous quelque chose…)
Et très concrètement, prendre ce recul consiste à affranchir mon rouah de l’influence incongrue de ma nephesh. Autrement dit, c’est prendre l’ascendant, par ma volonté et ma raison, sur mon ego, particulièrement sensible aux contrariétés, désespérément hermétique aux choses de l’Esprit, et dont, par définition, l’objectivité n’est pas une vertu qu’il possédât en abondance…
Sans ce recul, je ne crois pas possible de réaliser que ce fichu ego est l’acteur majeur de toutes mes difficultés relationnelles. Car, n’ayant d’autre référence ni d’autre intérêt que lui-même, il est par essence une sorte d’usine à mensonges et à tromperies de toutes sortes cherchant sans cesse à rallier mon moi profond à sa cause. Il est prêt à tout ou presque pour son confort, pour sa tranquillité, pour que ma part charnelle soit flattée, qu’elle soit abondamment nourrie et divertie. Il est le maître du travestissement de simples désirs en besoins vitaux. Mon ego est également revendicateur, très soucieux de ce qu’il considère comme ses droits.
Et en tout cela, si je n’y prends pas garde, il est capable d’influencer dangereusement ma pensée et d’altérer sérieusement ma volonté. En résumé, il est mon ennemi et l’ennemi de mes proches.
De facto, plus mon ego prendra de place en moi, moins la voix de ma neshama pourra se faire entendre afin de prédisposer l’ensemble de ma personne à la vérité de l’être, me permettant alors de vivre des relations fondées sur l’Amour.

Mais pour opérer cette exploration intérieure, il est très important de nous placer dans un temps mis à part, de déposer tous nos outils et de nous retirer pour vivre ce moment à l’écart de toute agitation et de toute distraction de ce monde.
Le fait de rechercher, dans ce but, les conditions favorables à cette tranquillité primordiale, est déjà un acte volontaire qui suscitera des résistances de la part de notre ego. Car bien au-delà d’une simple envie de « bien-être », très en vogue de nos jours, cet acte témoigne du désir bien plus profond de cette essentielle remise dans le bon ordre de nos pièces spirituelles, afin d’Être et de Vivre avec cette envie grandissante de communion avec notre Père.

Voilà, je m’arrête ici avec cette mini-série, car je crois qu’il est bon que chacun et chacune nous puissions maintenant digérer tout cela, et que, dans notre cheminement personnel, nous puissions découvrir les implications que cela peut avoir dans notre vie, dans notre manière de comprendre et d’aimer les personnes qui partagent notre existence, mais aussi de comprendre et d’aimer Dieu, et de voir quelle influence cela peut avoir sur notre façon de vivre la prière et d’aborder les Écritures.

Soyez bénis sur vos chemins !

Sylvain