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A comme... Aimer

samedi 12 mars 2016, par Sylvain

Pour nous faire réaliser tout à nouveau qu’il est à la racine de toutes choses capables de nous rapprocher de Dieu, c’est par le verbe le plus important que je vous propose de commencer cet abécédaire des verbes de la Bible, à savoir le verbe aimer.

Aimer

Au fond, ça veut dire quoi, aimer ? Comment ça se manifeste au jour le jour ? Qu’est-ce que ça change au plus profond de nous d’aimer ou de se savoir aimé ? Comment est-ce que ça peut transformer notre manière de vivre ?
Ces questions vous paraissent-elles saugrenues, tant le fait d’aimer est quelque chose de naturel pour l’être humain ?
Pourtant, en nous regardant nous-même et en regardant autour de nous, il ne me semble pas superflu de nous les poser et d’y réfléchir un peu de temps en temps.

Aimer

Linguistiquement parlant, ce verbe s’emploie hélas à toutes les sauces, autant pour dire à quelqu’un qu’il nous est particulièrement cher, que pour exprimer nos goûts culinaires, vestimentaires et bien d’autres choses. Car toute subtile qu’elle fût, notre belle langue française, dans ce registre, ne dispose malheureusement pas des nuances qu’offrent d’autres langues comme par exemple l’hébreu ou le grec.
Partant de ce constat, ce qui me semble fâcheux, c’est qu’au quotidien on en vient principalement à "aimer" ce qui nous procure du plaisir, ce qui est agréable à notre part terrestre, alors que la dimension la plus belle et la plus forte de l’action d’aimer va précisément dans l’autre sens, c’est à dire des profondeurs de nous-mêmes vers celles et ceux sur qui se porte notre amour et qui peut se manifester d’une multitude de manières différentes comme par exemple :

- Offrir du temps et de l’attention à l’autre,
- Écouter l’autre, se réjouir ou pleurer avec lui,
- Donner de l’importance à l’autre
- Chercher à percevoir les allusions dans les gestes et les attitudes de l’autre, à anticiper ses besoins,
- Accueillir l’autre tel qu’il est (et s’accueillir soi-même tel que l’on est), cela dans notre globalité d’êtres humains (corps, âme et esprit),
- Ne rien exiger en retour de notre amour, malgré l’intensité de notre propre désir d’être aimé,
- Cultiver une relation où l’on se donne sans calcul.
Mais aimer, dans ce monde, c’est aussi parfois faire preuve de fermeté, voire même d’une certaine violence.

Même si ce ne sont là que quelques exemples, ils suffisent à nous montrer que pour chacun, aimer c’est le travail de toute la vie. Et pour aller le plus loin possible dans cet apprentissage de l’amour, il est essentiel de ne pas se tromper de modèle. Car le monde de confusion dans lequel nous vivons, fondant ses valeurs sur les mauvais penchants de notre ego et de nos instincts mal dominés, nous inonde hélas d’un amour déraciné, d’un amour souvent centré sur le plaisir et sur la possession. Ce monde instrumentalise l’amour pour en faire quelque chose qui "rapporte". Pour cela, il en renie l’origine et en rejette le Créateur. Ce qui reste alors de l’amour, si tristement déconnecté de sa source, ne peut plus se régénérer véritablement et ne peut développer toute la mesure de sa force bienfaitrice et vivifiante.

Remontons donc à La Source et souvenons-nous de cet épisode où Jésus a aimé ses disciples en leur lavant les pieds, geste hautement symbolique (dont l’évangile de Jean nous dit qu’il est le comble de l’amour du Christ pour ses disciples). Dans le contexte de l’époque et de la culture juive, c’était une manière révolutionnaire de leur (et de nous) faire comprendre la proximité, l’humilité et la spontanéité que l’amour véritable peut faire jaillir envers celui ou celle qui en est destinataire. Ce geste très concret appelle chaque disciple de Jésus, dans tous les temps, à se laisser laver les pieds par Lui, pour à son tour laver les pieds de ses frères et sœurs.

Aimer

Aimer, c’est vivre. L’Amour est le seul chemin par lequel la Vie peut grandir et se transmettre. Et c’est en cela que je crois que notre principale raison d’être sur la terre, nous les humains, c’est d’apprendre à aimer selon les instructions que le Père a révélées au peuple qu’Il a choisi, et que Jésus a parfaitement mises en pratique. Et pour cela, il appartient à chacun de sonder son propre cœur afin de dénicher ce qui y fait obstacle et de le remettre humblement entre les mains du Seigneur qui n’attend que de pouvoir nous restaurer pour faire de nous de nouvelles créatures dont la plus grande joie est de vivre en communion avec Lui.
Hélas, les principes dominants de notre pensée occidentale (hors de laquelle Dieu a été éjecté), nous détournent trop souvent de cet objectif essentiel en nous trompant sur les véritables priorités de l’existence, en nous écartant de la quête de notre identité profonde.
L’identification du temps qui passe à un ennemi vorace, l’efficacité exigée par le modèle de société dans lequel nous nous trouvons, l’incessante recherche de performances économique et financière mènent de fait une chasse impitoyable au principe énoncé au début du chapitre 13 de la lettre de Paul aux Corinthiens, qui dit en substance que tout ce que nous faisons sans amour ne sert à rien.

Et c’est sur la base de cette déclaration de l’apôtre Paul que j’aimerais aborder un dernier point qui me semble très important. Je crois que nous restons bien souvent en surface lorsque nous confinons le fait d’aimer au domaine des émotions, autrement dit à quelque chose qui s’emparerait de nous sans qu’on y puisse grand chose.
Alors bien sûr que les émotions tiennent un rôle important, mais elles ne sont pas à la racine, elles sont un des transmetteurs d’énergie qui initient la mise en action de notre nephesh [1] pour l’expression de l’amour. Je crois que pour aller plus en profondeur, il est indispensable de prendre conscience de la dimension intentionnelle qui sous-tend l’action d’aimer. Or, pour qu’il y ait intention, il faut qu’il y ait la compréhension et l’assimilation spirituelle des raisons que nous avons d’aimer et de la force de guérison intérieure et de libération extraordinaire qu’aimer peut avoir.

Quelques statistiques

Dans ses diverses formes conjuguées, le verbe aimer apparait plus de 300 fois et dans 41 des 66 livres qui composent notre Bible.

Notes

[1voir la deuxième partie de la série "Qui suis-je ?"